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L’Oscar du meilleur second rôle est attribué à... ŠKODA : TOUR DES FLANDRES 2010

L’Oscar du meilleur second rôle est attribué à... ŠKODA : TOUR DES FLANDRES 2010

13. 3. 2020

Les classiques de printemps, nous les avons attendues avec tant d’impatience.

Presque toutes les grandes classiques ont été supprimés du calendrier suite à la décision d’interdire tous les événements sportifs sur notre territoire jusqu’au 3 avril. Mais cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas se pencher sur certaines races légendaires. Nous avons donc décidé de passer en revue trois monuments cyclistes au cours desquels le vainqueur, intentionnellement ou non, a reçu un petit coup de pouce de la voiture suiveuse. Bouclez votre ceinture et partez à la découverte d’une trilogie formée par trois champions dans les rôles principaux et autant de ŠKODA dans des rôles pas si secondaires que cela.

FABIAN CANCELLARA VS TOM BOONEN

Ce qui semblait être l’ultime duel entre les rois des pavés de leur génération s’est transformé en une expérience traumatisante pour tous les passionnés de cyclisme flamands : un Fabian Cancellara sans pitié laissait sur place le chouchou du public Tom Boonen. Au Mur de Grammont en plus, le lieu sacré pour quiconque a la course dans le sang. Jusqu’au pied du Mur, les supporters de Tornado Tom étaient pourtant optimistes : le 94e Tour des Flandres s’était révélé être une guerre d’usure qui avait finalement vu les deux grands favoris se détacher de leur concurrents. Le duo Cancellara/Boonen, les meilleurs coureurs de la course, était à présent hors de portée, notamment grâce au travail de l’équipe Lefevere qui avait bloqué la course. Cela, c’était une certitude. À l’arrivée, il n’aurait pas dû être bien compliqué pour le Campinois, plus rapide, de contenir le Suisse. Dans plusieurs familles flamandes, la bouteille attendait déjà son heure au frais, les chances que Fabian dépose le héros populaire étant nulles.

L’ÉCART SE RÉDUIT

Alors qu’il reste encore seize kilomètres à parcourir sur les pavés de Grammont, un commentateur voit que Boonen « semble encore très incisif », mais un autre spectateur remarque que Cancellara adopte une allure plus vive. Les nerfs sont à vif, ceux des coureurs, mais aussi des commentateurs, de la foule frénétique massée le long du tracé et des téléspectateurs dans leur salon. « On arrive au tronçon en pente raide et Boonen doit pédaler », commente le commentateur tandis que Cancellara reste assis sur sa selle et accélère. « Boonen cède deux longueurs. Boonen cède deux longueurs. » Une répétition qui exprime l’incrédulité. Pour une fois, les mots manquent le commentateur et on l’entend se désoler derrière. « Ça fait mal. Ça fait mal, oh la la ! Il creuse l’écart et s’il creuse l’écart, il est peu probable que quelqu’un réussisse à le rattraper. Ça devient difficile. »

BOONEN FATIGUÉ ?

En un rien de temps, l’écart de quelques longueurs se transforme en un abîme infranchissable. À Meerbeke, une mer de drapeaux et un tonnerre d’applaudissements attendent Spartacus, mais le délire que le champion belge aurait pu provoquer n’a pas lieu. Les commentateurs du cyclisme reviennent encore sur les temps forts de la compétition. L’un suggère prudemment que Cancellara avait probablement déjà senti durant l’échappée que Boonen « était un peu plus faible » et que c’est pour cela qu’il avait pris la tête du peloton une grande partie du temps. En passant en revue le démarrage, qui était en fait quasi inexistant, l’autre commentateur constate que les jambes de Boonen étaient bloquées : « Ce sont des crampes. » Ce qui aurait pu devenir un jour de liesse nationale est finalement resté un bel après-midi sportif avec un vainqueur au succès mérité. Point.

LA TEMPÊTE SE DÉCHAÎNE

Saut en avant quelques mois plus tard. Quand Davide Cassani, commentateur de la RAI, met en ligne une vidéo qui explique le fonctionnement du « dopage mécanique », une vague de soupçons s’abat sur Cancellara. Sur les ralentis, on peut effectivement voir le Suisse faire un étrange geste de la main, juste avant de lancer son accélération finale, qui pourrait donner à penser qu’il active un petit moteur. Des fans attentifs établissent un rapport avec le fait qu’avant le départ, tous les vélos de Saxo Bank étaient exposés près du bus de l’équipe, tous à l'exception de celui du meneur. Mais surtout, il y a eu ce surprenant double changement de vélo. Car, sans raisons apparentes, Cancellara a changé deux fois de vélo en très peu de temps à Mater. C’est d’autant plus surprenant que son équipier Matti Breschel, frappé de malchance, a demandé, affolé, un nouveau vélo à la ŠKODA de la direction sportive de l’équipe, mais s’est vu donner le mulet de Stuart O’Grady. Aucun des occupants de la voiture ne semblait savoir quel vélo se trouvait à quel endroit sur le toit. Les allusions vont bon train, mais personne ne fournit la preuve irréfutable. Pas même l’ancien coureur Phil Gaimon, même s’il formule des allégations directes dans son livre Draft animals : « Quand on regarde les images, on voit que son accélération n’est pas du tout naturelle, comme s’il avait du mal à rester sur les pédales. Il utilisait probablement un moteur. Je connais plusieurs coureurs qui ont des doutes sur Fabian. »

« On n’a jamais trouvé de preuves incontestables de cet acte d’antijeu. Cancellara lui-même a toujours réfuté les allégations avec irritation. »

AFFAIRE NON RÉSOLUE

Dans n’importe quel film policier, c’est à ce moment-là qu’un as en informatique est appelé à la rescousse pour faire éclater la vérité grâce à l’analyse des images. Car mesurer, c’est savoir. Comme le réalisateur passait fréquemment du peloton de tête aux poursuivants, il est véritablement impossible de définir avec précision le temps de l’ascension pour chacun des protagonistes. Mais même avec une marge d’erreur de quelques secondes, il semble que José De Cauwer avait raison : Cancellara n’a pas atteint le sommet excessivement vite, mais Boonen a gravi plutôt lentement le Mur de Grammont. Philippe Gilbert, qui occupait la troisième marche du podium, a lui-même mis quatre secondes de moins que le vainqueur contesté. On n’a jamais trouvé de preuves incontestables de cet acte d’antijeu. L’accusé lui-même a toujours réfuté les allégations avec irritation et l’équipe Saxo Bank s’est toujours gardée de tout commentaire concernant les étranges changements de vélo. Aujourd’hui encore, le monde du cyclisme est divisé en deux camps, les believers et les non-believers. La petite pièce de théâtre loufoque jouée par un Breschel étonné dont le vélo était introuvable sur le toit de la ŠKODA de l'équipe apporte bien évidemment de l’eau au moulin du premier groupe.

 

Texte: Luc Verdoodt

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