Cycling

L’Oscar du meilleur second rôle est attribué à... ŠKODA : MILAN-SAN REMO 2016

L’Oscar du meilleur second rôle est attribué à... ŠKODA : MILAN-SAN REMO 2016

13. 3. 2020

Les classiques de printemps, nous les avons attendues avec tant d’impatience.

Presque toutes les grandes classiques ont été supprimés du calendrier suite à la décision d’interdire tous les événements sportifs sur notre territoire jusqu’au 3 avril. Mais cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas se pencher sur certaines races légendaires. Nous avons donc décidé de passer en revue trois monuments cyclistes au cours desquels le vainqueur, intentionnellement ou non, a reçu un petit coup de pouce de la voiture suiveuse. Bouclez votre ceinture et partez à la découverte d’une trilogie formée par trois champions dans les rôles principaux et autant de ŠKODA dans des rôles pas si secondaires que cela.

LE PETIT COUP DE MAIN. LA VOITURE DE L’ÉQUIPE A-T-ELLE CONDUIT ARNAUD DÉMARE À LA VICTOIRE ?

Si Milan-San Remo n’est pas la course la plus importante du calendrier, elle est certainement la plus difficile à remporter. Cela pourrait notamment s’expliquer par des équipes généralement fortes. Bien que cette très longue classique soit parfois irrespectueusement qualifiée de loterie, elle se gagne rarement facilement. Les sprinteurs comme les puncheurs considèrent avoir leur chance et descendent donc en masse prendre le départ à Milan.

UN SCÉNARIO FIGÉ

La beauté du tracé de la course est malheureusement trop souvent inversement proportionnelle à la qualité du peloton et semble juste être le décor d’une reproduction de tous les épisodes de L’Agence tous risques selon un scénario à chaque fois identique. Tout d’abord, on laisse le champ libre à un groupe d’illustres inconnus suffisamment longtemps pour tenir jusqu’à la retransmission en direct à la télévision. Lorsque l’échappée est réduite à néant, le rythme du gruppo compatto s’accélère et les équipes de quelques grands favoris imposent la cadence pendant l’ascension de la Cipressa. Un coureur téméraire de second rang déclenche alors une attaque pour la galerie, sachant que ses efforts ne l’emmèneront pas très loin. Au sommet du célèbre Poggio, à seulement cinq kilomètres de la ligne d’arrivée, il est encore impossible de prédire qui va gagner. Ce n’est qu’après une représentation monotone de plus de 290 kilomètres qu’arrive un bref et intense moment durant lequel toute la tension accumulée jaillit en un flot. La seule chose qui permette de différencier les éditions de Milan-San Remo, ce sont les noms au palmarès. Intéressant pour les mordus de quiz, barbant pour les amateurs de sport.

UN DIABLOTIN

2016 n’a pas échappé à la règle. Seul un éboulement à mi-chemin, avec un détour pour conséquence, a mis un soupçon d’action. Quelques chutes dans l’ascension vers la Cipressa, dont ont été victimes les favoris de l’ombre Michael Matthews et Arnaud Démare, ont également ajouté un peu de piment. Puis, place l’attente interminable jusqu’aux cinquante derniers hectomètres. Et, enfin, une attaque du Polonais Kwiatkowski, juste avant l’entame de la descente du Poggio. Une contre-attaque de Cancellara et de Van Avermaet réduit en fumée ses cinq secondes d’avance, et à deux kilomètres de la ligne, un peloton éclairci se prépare à ce qui va être un sprint désorganisé. La chute du fer de lance colombien Fernando Gaviria (Quick Step) a totalement chamboulé les positions et Jürgen Roelands semble soudain bien placé pour remporter une victoire dans une classique à laquelle il aspirait depuis longtemps déjà. Cependant, au cours des cinquante derniers mètres, il est remonté par Ben Swift et l’inattendu Arnaud Démare. Le Français, qui n’était plus dans le tableau depuis sa chute, gagne comme un diable sorti de sa boîte. L’euphorie est totale chez un Marc Madiot théâtral.

Quand le directeur sportif de la FDJ est content, il fait vraiment étalage de son exaltation. Pour les spectateurs neutres, San Remo 2016 est déjà presque oubliée alors que Démare est encore à rayonner sur le podium.

À LA POIGNÉE

Le lendemain, le journal sportif français L’Équipe consacre pour la première fois depuis des années sa une à une classique de printemps. Les superlatifs sont partout. De son côté, La Gazzetta dello Sport utilise un tout autre vocabulaire où les mots « éhonté » et « tromperie » sont légion. Des coureurs italiens affirment que le sprinteur français serait revenu à la tête de la course en « s’accrochant à la poignée » de la voiture de Madiot pendant l’ascension de la Cipressa. Les rumeurs ont vite fait de gonfler lorsque les données Strava de Démare ont soudain disparu du Net. Les mauvaises langues soutiennent que l’on peut y voir qu’il aurait atteint les quatre-vingts kilomètres/heure dans la montée. Madiot prend alors fait et cause pour son poulain et reproche à Matteo Tosatto et aux autres témoins d’être aveuglés par la jalousie : « Je pense qu’ils ne peuvent pas supporter qu’un Français leur chipe leur monument. Mais l’UCI a confirmé le résultat, donc l’affaire est close. » Simple comme bonjour ?

LA PHOTO DE RASMUSSEN

Un jour plus tard, le compte Strava de Démare est de nouveau accessible à tout un chacun et révèle qu’il a effectivement gravi la Cipressa 25 secondes plus rapidement que la plupart des coureurs du peloton et qu’il l’a fait à une vitesse « contrôlée ». Aucune trace de pics à 80 km/h. Loin de là, puisqu’il a effectué l’ascension à une vitesse moyenne d’un peu moins de 34 km/h. Rapide, mais pas invraisemblable. Un peu plus de deux ans après que tout ce ramdam se soit calmé, comme une tempête dans un verre d’eau, Michael Rasmussen a soudain sorti son costume de défenseur du fairplay, ironiquement parlant évidemment. Il a publié sur Twitter une photo floue d’un coureur méconnaissable portant une tenue FDJ qui s'agrippe à la ŠKODA blanc et bleu de son équipe. Il a accompagné cette photo du commentaire suivant : « J’ai toujours détesté les gens qui se faisaient remorquer dans les ascensions juste pour me faire souffrir sur le plat quelques jours plus tard. » Rasmussen n’a pas précisé si la photo a été faite sur la Cipressa pendant la Primavera de 2016...

 

Texte: Luc Verdoodt

Dernières nouvelles

Tous les articles